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art & littérature

 

 

Critique

d’Art contemporain

 

26/02/2006

 

 

 

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Longuement baillé sur un ouvrage intitulé L’art depuis 1960, emprunté à la médiathèque de Croix-Neyrat (qu’on ne s’imagine pas que je l’ai acheté !)

 

Sculptures contemporaines : il faut les appeler ainsi, même si en réalité l’artiste présente des graffitis sur parpaings, une projection vidéo sur un mur de 25,5 x 36,24 m ou une saynète avec plume au cul. Toutes ont la prétention de remettre en cause quelque chose, (en général l’art, mais parfois plutôt la société, ou, mieux encore le « regard  du spectateur »)

 

Une rayure sur un mur, une tache, une photographie peuvent vouloir dire beaucoup. Se référer à la notice.

Le spectateur de bonne volonté, n’a qu’une crainte, qu’on lui demande ce que ça veut dire, avant d’avoir lu la notice. Ou même après…

 

La baignoire renvoie évidemment à l’urinoir

S’il est quelque peu initié, il sait déjà que l’artiste expose sa vision personnelle de l’histoire de l’art. L’artiste fait souvent une critique de la société. S’il montre une baignoire emplie de fil de fer barbelé au milieu d’une campagne sauvage, c’est évidemment qu’il fait le procès du confort moderne. Mais le fait qu’une baignoire soit présentée à la vue n’est pas insignifiant. La baignoire renvoie évidemment à l’urinoir de Duchamp. C’est le lien avec l’histoire de l’art.

 

Car Duchamp est le maître par excellence, celui à qui on se doit de faire référence. C’est lui qui a mis l’art dans l’impasse, préférant ensuite l’absolu bien défini d’une partie d’échec à l’inconséquence de l’art. Un maître aux échecs est indiscutable, tant qu’il gagne la partie. En art qui est le maître ? Qui est le juge ?

 

Duchamp n’est d’ailleurs pas lui-même responsable de la décadence. Elle a commencé avec le salon des indépendants, que critique vivement Jules Renard dès avant 1900 dans son journal. Il compare les indépendants à ces écrivains qui éditent leur œuvre à compte d’auteur : des gens qui entrent dans l’art sans y avoir été invités. Forcément, c’est le règne du n’importe quoi.

Ceci dit : André Gide a d’abord publié à compte d’auteur, Rimbaud également. La postérité (mais la postérité est-elle le bon juge ?) fait autant de cas de Rimbaud et de Gide que de Renard.

Voir aussi Kundera se lamenter de ce que chacun glorifie désormais son « moi-qui-se-gratte-le-nez » alors que le seul moi qui vaille la peine, c’est le sien, dûment estampillé NRF ou celui de l’artiste oublié du XVIIIe qu’il a lui-même réhabilité.

 

on en est arrivé au « n’importe quoi »

Duchamp, en 1917, se rend compte qu’on en est arrivé au « n’importe quoi » puisque toute œuvre est acceptée… et il le prouve en envoyant un urinoir. (C’est une sculpture : elle est signée et datée) Qui est cependant refusée (y a quand même des limites, merde)

Bon.

Mais n’a-t-il pas jeté le bébé avec l’eau du bain ? (ce qui renvoie à ma « baignoire » ;- )

 

On ne s’étonnera pas de ce que j’emploie de manière anachronique et réactionnaire le terme « d’œuvre » au lieu de « travail » qu’il est de mise d’employer aujourd’hui.

 

 Le mot « travail » est réservé à mes yeux à une activité aliénante ou en tout cas utilitaire et non-créatrice. Libre aux artistes actuels de se considérer comme de simples « travailleurs » Quelle modestie! que contredit leur prétention à parvenir à la haute philosophie par l’exposition d’objets - mais finalement, n’aspirent-ils pas à un emploi de simples « décorateurs », même si leur « travail » veut « dire beaucoup », et à condition d’être rémunérés comme des « artistes ».

 

L’emploi du terme « travail » est surtout un anglicisme (américanisme serait peut-être plus exact) la langue anglaise ne distingue pas entre « œuvre » et « travail » comme le fait la langue française et l’occitane aussi, (je rappelle au passage la devise de l’Institut d’Estudis Occitans « La fe sens òbra, mòrta es » ce qui signifie, « sans l’œuvre, la foi est une chose morte. ») Evidemment, le terme « américanisme » est habituellement recouvert par le terme de « modernisme ».

 

la sculpture, c’est de la pensée

Ca me rappelle un édito de Catherine Millet, papesse de l’art contemporain, dans les années 80, où elle expliquait savamment que la modernité d’Art Press consistait dans l’évacuation du « e » de presse. A quoi ça tient ! Peu de temps après j’ai cessé d’acheter cette revue. A quoi ça tient !

Selon Catherine Millet, la sculpture, c’est de la pensée.

Je croyais qu’on aimait une œuvre avec son cœur.

Non, on juge un travail avec son intellect.

 

Les artistes contemporains n’ont pas de cœur. Ils ne veulent pas passer pour des cons.

 

Ainsi Ernest T. Le voilà qui présente un agrandissement d’un article de quotidien « régional » du Nord où deux braves messieurs un peu maladroits posent  devant leurs peintures ringardes, conventionnelles, etc. Le journaliste d’occasion a titré maladroitement « complicité artistique des deux artistes ». Vexant pour les vrais artistes.

 

messieurs de Lille si pittoresques

C’est là une œuvre hautement significative d’Ernest T, achetée par une institution publique qui rougirait d’acheter un des petits paysages de ces messieurs de Lille si pittoresques pourtant. Et le petit commentaire du dénommé Ernest, au-dessous disait en substance : regardez-moi ces deux cornards ignorants qui prennent encore la peine de dessiner sur des cartons entoilés les masures qui émeuvent leurs pauvres sensibilités de crétins de province…

S’ils étudiaient l’histoire de l’art ils auraient d’amères désillusions…

 

Joli boulot, M. T, qui s’appelle « tirer sur une ambulance». Est-ce que la place d’un tel artiste ne serait pas plutôt au canard enchaîné plutôt que dans une collection publique d’art ? Il a du mordant, il se trompe juste de cible. Ou bien chez Art Press, comme critique. Ernest pourrait expliquer à ceux qui ont du mal à le comprendre, que la peinture, c’est de la pensée, que l’anglais est plus moderne que le français (qui lui-même est plus moderne que le patois, et c…) que la nature morte, ça ne se fait plus, et c.

 

Ca n’a rien à voir, mais le directeur de l’Express (sans « e », là non plus, est-ce un hasard ?) expliquait dernièrement à une radio du service public : « les gens doivent comprendre que le Contrat Nouvelle Embauche ce n’est pas déloyal comme le pensent les grévistes mais c’est moderne. Il voulait dire « contemporain », je suppose.