Vous êtes cordialement invités à
venir contempler
l'installation
ready-made sans titre hors galerie
de
JEAN-PASCAL
GOUDOUNESQUE
(graphie classique : Joan-Pascal Godonesca)
sise au bord de la départementale
775 entre Chanat La Mouteyre et l'Etang
(Union Européenne, Etat Français, département du Puy-de-Dôme, canton de Royat près de Clermont-Ferrand)
photo de l’installation-ready-made sans titre par
l’auteur lui-même (cliquer)
NB. installation : œuvre d'art constituée d'éléments empruntés par l'artiste à la nature ou à l'industrie disposés dans l'espace de manière signifiante.
ready-made : notion inventée par Marcel Duchamp. L'artiste sélectionne un objet et le désigne comme œuvre d'art.
A work definitively rich and
significant…
(Un travail définitivement
riche et signifiant…)
(une œuvre formidablement
intéressante…)
(un boulot qui veut dire quèkchose…)
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Notice explicative,mode d’emploi
panégyrique & analyse sémantico esthético & co
par Euksène
Huo d’Huog[1]
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Descriptif
Une baignoire (197 X 49,8 X
49,8 cm) bleue et blanche pour ainsi dire neuve et posée sur le sol
par l’intermédiaire d’un support métallique, légèrement inclinée sur un côté
contenant du barbelé rouillé baignant dans l'eau de pluie.
Second plan : clôture
spéciale équidés.
Arrière-plan : trois hêtres dont l’un est en partie dépouillé de son écorce. Au sol des feuilles mortes dont la décomposition est relativement avancée.
Commentaire
Avant tout la
baignoire exprime la civilisation, connote le confort, et ceci d’autant, par contraste,
qu’on se trouve évidemment à
l’extérieur, dans un environnement forestier dépourvu de chauffage central.
Une œuvre est située spatialement
A cet égard, il faut d’emblée souligner que cette œuvre
aurait une signification complètement différente dans une salle d’exposition,
ou même dans un environnement citadin. L’artiste, depuis ses débuts (rappelons
que son œuvre picturale à l’huile n° 22 (1989) s’intitulait déjà :
« La Vie de Province ») s’est catégoriquement refusé à l’exil parisien,
sachant qu’une œuvre est située spatialement aussi bien que temporellement.
Situer sa création dans un village d’Auvergne plutôt que dans un arrondissement
Parisien est lourdement chargé de signification.
L’artiste a longtemps
pratiqué l’occitanisme et le pratique encore
en tant que pur happening, dont la sincérité n’a d’égal que la
confidentialité. Au demeurant, dans une société où le bruit vent, le bruit
ment.
L'objet de l'industrie expose sa laideur fonctionnelle
La baignoire, l'objet manufacturé, du design industriel fait irruption intempestivement dans
l'ordonnancement apparemment uni de la nature. L'objet de l'industrie expose sa
laideur fonctionnelle crûment face à l'harmonie esthétique de la
« nature », mise en doute cependant par l’exposition de la blessure
de l’arbre, qui fait état peut-être des préoccupations écologiques plus ou
moins sincères qui ont cours actuellement. (le terme « Nature » est
entre guillemets, car nul ne doit ignorer l’action décimillénaire de l’homme
sur la nature, à laquelle, au final, il appartient )
Il y a un aspect ironique
dans la présence du fil de fer barbelé dans le lieu même du confort et de
l’hygiénisme, comme une sourde menace à l’encontre de cette civilisation
gaspilleuse (d’eau, entre autres) et tellement soucieuse de la propreté de son
fondement, quand s’accumulent ici ou là les déchets radioactifs et autres
chimies délétères.
vérité de la mise en scène
L’artiste n’a nullement sollicité la présence de cette
baignoire au bord de la route. Les ruraux auvergnats, dont le sens de
l’économie est toujours aussi vif, furent précurseurs en matière de recyclage
et continuent de le pratiquer spontanément. La baignoire, usagée est devenue
abreuvoir à bestiaux. Le cheval, coursier psychopompe, dispute seul la nature
livrée aux arbres aux randonneurs, aux chasseurs, et aux bruyants adeptes des
sports mécaniques que parfois un hêtre judicieux arrête. La vache, malgré sa
capacité à se transformer en hamburger, a cédé la place. Elle ne se prête guère
au loisir vert, à moins qu’un media ne lance bientôt la mode du cow milking.
Quand à la présence du fil de fer barbelé, elle s’explique certainement :
le propriétaire du pré a déposé là après avoir rafistolé telle ou telle partie
de clôture endommagée par les promeneurs.
Ceci est dit pour affirmer la vérité de la mise en scène. A la façon d’un Stendhal, l’artiste a promené le miroir de son appareil photographique sur une installation toute prête et néanmoins (ou à cause de cela) vérace. Il aurait cent fois préféré voir surgir de la baignoire une demoiselle nue et jolie comme dans un tableau de Delvaux, tel n’a pas été le cas.
la fin du goudron isolant et rassurant
La clôture souligne cette dichotomie entre la route où se
trouve le spectateur juste descendu de son automobile, et le pré où l’animal
vit. La route est reliée à la ville, et par delà la ville, à la
civilisation. De l’autre côté, c’est le territoire de la nature ressentie à la
fois comme inhospitalière et comme attirante. La nature est menaçante qui
rappelle à l’homme son appartenance au cycle de la vie et de la mort. La
clôture signifie la fin du bitume, la fin du goudron isolant et rassurant et le
début de la boue, voire de la bouse.
De manière ambivalente, le
spectateur est attiré par l’apparente authenticité de la vie naturelle, il sent
confusément que malgré ses efforts il appartient ( ou dirons-nous, il sent
qu’il serait de son devoir d’appartenir, comme un taureau assis ou quelque
autre autochtone indéracinable, quelque hottentot incapable de survivre à
l’arrachement d’avec son milieu) à ce qu’on appelle l’équilibre naturel.
la nature de l’homme occidental, c’est sa culture
Mais la nature de l’homme occidental, c’est sa culture, comme l’a bien montré, entre autres, Edgar Morin dans son ouvrage Le paradigme perdu : la nature humaine, que l’artiste avait étudié en classe de philosophie avec le professeur M. Bardi. L’homme porte son passé dans sa culture et sa langue, comme l’arbre enregistre son histoire dans les cernes qu’on distingue après la coupe.
On sait que la partie vivante de l'arbre se trouve à la périphérie, et qu’en dessous n’est qu’un squelette mort qui toutefois soutient l’édifice et recèle donc, en coupe, la mémoire dendrologique de lui-même et du monde. L’arbre est à la fois créature vivante et, dans son tissu ligneux, quasi minéral. L’arbre est son propre passé, et immanquablement le passé de l’homme, car comme on le sait l’homme descend du singe et le singe descend de l’arbre.
Le hêtre (racine
germanique hester), en auvergnat fau (racine latine fagus) est
l'arbre montagnard le plus fréquent sur la commune. Il pousse là où
naguère s'étendait la prairie d'élevage. Il est comme la résurgence des
dieux païens dans la nature que l'homme a renoncé à travailler, à laquelle il a
même renoncé ( à regret) à appartenir. Mais cet arbre est malade : l'écorce
protectrice a disparu au pied qui pèle. Cette absence d'écorce est aussi
l’image de la recherche effectuée par l'artiste ou le spectateur (puisqu’en
l’occurrence, l’artiste n’est qu’un spectateur un peu plus attentif), qui
gratte les apparences jusqu'à l'os…
Au delà de la nostalgie de la campagne ancestrale, du mythe
gionesque, hippie ou pétainiste du retour à la terre, au delà de la nature à
randonneurs équipés de neuf en solde dans la zone industrielle, de quoi il
participe cependant, l’artiste donne à voir l’incohérence de nos désirs et leur
ambivalence, dénonce (ou tente de concilier ?) le double langage de
l’écologie et du confort, de la croissance économique et de l’épanouissement
personnel, de la nature et de la culture…
E.H.d’H.
voir également critique d’art contemporain