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L'âme de L'auvergne

commentaires et transcriptions

 

 

* Les Amis de Georges de Georges Moustaki

 

 

Un camarade rencontré me racontait le film de la veille. En arrivant dans la cour, c'était la première activité de tout écolier. J'écoutais donc attentivement et racontais à mon tour aux autres les péripéties impayables avec force éclats de voix et de rire. Aujourd'hui, la variété des programmes est telle qu'on peut sans perdre la face avouer qu'on n'a pas vu telle émission qui a passionné tel collègue. Tant de programmes sont disponibles. Mais il reste toujours difficile d'avouer qu'on n'a pas la télé... à moins d'être prêt à un interminable débat.

A l'époque, tout le monde avait vu LE film, impossible de parler d'autre chose à la récré du matin. Mes parents furent longs à convaincre, surtout maman, qui subodorait les inconvénients d'avoir à domicile un écran toujours ouvert sur les turpitudes du monde. Je dus encore quelques temps dissimuler mon handicap aux copains. Au début je trouvai extraordinaire le nouvel engin. Je déclarai aux deux livreurs qui effectuaient les réglages, avec tout l'aplomb de mes dix ans "c'est plus beau que nature". Quel enthousiasme  pour l'arrivée de la machine à décérébrer! Nous pûmes ainsi voir défiler Giscard, interminable spectacle dont l'intérêt m'échappa. 

Je déchantai rapidement : nous devions nous coucher à huit heures et demie... quitte ensuite à nous relever pour observer l'écran agenouillés aussi discrètement que possible derrière la porte vitrée de la salle de séjour. D'ailleurs les films n'étaient pas pour nous : mon père éteignait le téléviseur dès qu'une image choquante se présentait à nos yeux. Mon frère et moi nous regardions avec étonnement : l'aspect choquant de l'image censurée nous avait échappé, innocents que nous étions. Mon père aurait dû plutôt s'alarmer lorsque Stone apparaissait à l'écran. La chanteuse blonde embrasait mes sens. Sur le canapé de cuir roux où il enfonçait lentement, tout mon être flottait dans l' aura de douceur émanant de l'idole, elle-même baignée par le flux de mon adoration.

L'appareil était blanc, aux courbes ovoïdes, monté sur un pied tout aussi blanc et magnifiquement galbé. C'était un Ribet-Desjardins, marque de qualité (car le bon marché revient cher...) Mes parents avaient choisi qu'il y eut un battant et une clef pour protéger les commandes. Ainsi, nos jeunes consciences étaient protégées et celle de mes parents soulagée. Mais le battant était à claire voie et j'imaginai d'y glisser un carton rigide pour pousser le bouton de marche. Ce fut une victoire contre la censure que mon frère et moi saluèrent avec des cris de joie. Hélas, on n'avait pas ainsi accès aux chaînes et c'est certainement pour cette raison que je me trouvai, cet après-midi-là, à regarder Aujourd'hui Madame, émission à laquelle seules les mamans, pour des raisons obscures, trouvaient un intérêt .

 

où l'on envisagea la possibilité de vivre sans travailler

L'invité était un de ces barbus-chevelus qu'on vit peu sur les écrans de l'ORTF,   J'éprouvais un intérêt mêlé de méfiance pour le poil grisonnant qui lui dévorait le visage. Il chanta, s'accompagnant à la guitare, l'air très doux, le droit à la paresse. Il y eut certainement un débat de société où l'on envisagea la possibilité de vivre sans travailler, perspective qu'on jugeait encore avec indulgence tout en regrettant que cela ne fut pas possible. (quelle mentalité! Heureusement MM. Reagan, Thatcher, Raffarin et autres joyeux drilles ont depuis indiqué ce qu'il faut penser de ce genre d'utopie.)

 Georges Moustaki indiqua sans doute nonchalamment qu'il fallait avant tout se laisser vivre, qu'on avait le droit de ne pas se presser. Lorsqu'on est l'heureux auteur de Milord et du Métèque c'est évidemment plus facile, il fut certainement obligé de le reconnaître.

 

J'achetai ce disque quelques vingt ans plus tard aux puces place des Salins... Je crois que j'avais terminé ma collection de Brassens. J'appris que le vrai prénom de Moustaki est Joseph et qu'il a emprunté celui de Brassens, par admiration pour lui ; plus tard je sus qu'il était même né Youssef. 

Je lus Paul Lafargue. Je partageai sa défiance envers le travail, mais fus déçu par la forme de son discours, qui me parut terriblement vieillie. Il était aussi bien injuste envers les juifs et les auvergnats. D'ailleurs, comment convaincre les régiment d'assoiffés du boulot qu'ils feraient mieux de réfléchir avant d'agir? Il est plus sage certainement d'adopter un profil bas et 

Sarah est une chanson lugubre que je connais depuis longtemps (depuis mes vingt ans). Ce n'est pas ma chanson préférée dans l'album, si elle est la plus connue. La nonchalance de Moustaki qu'on attribuera à ses origines orientales, à son aisance matérielle ou à l'abus du tabac, donne à ses chansons, lorsqu'il les interprète, un cachet tout spécial. 

 

"certains se sont battus, moi je n'ai jamais su"

A côté de ses productions impeccables, Moustaki se permet parfois un agréable laisser-aller en accord avec son idéologie. Parfois, il cède même un peu (mais rarement) à la facilité. Tel ou tel vers est un peu brut de décoffrage et aurait paru à un autre poète peu digne de paraître en public. 

Ne cherchant jamais à faire culpabiliser son auditeur ("certains se sont battus, moi je n'ai jamais su") il  parvient à concilier un engagement progressiste et une très-honnête réussite commerciale. D'autres, plus intransigeants, ne purent jamais accéder à la télévision d'Etat. La télévision commerciale d'aujourd'hui est à ce qu'on dit encore plus sectaire. C'est grâce à lui (et à Michel Delpech et son Wight is wight) que le grand public a su qu'il existait quelque part un mouvement hippie et des contestataires, poètes aux mœurs prophétiques dont la principale caractéristique était de se laisser envahir par leur propre pilosité.

Ce disque, précisons-le pour finir, permet des siestes superbes. C'est à tort qu'on reproche à un artiste d'endormir son public. Quoi de meilleur qu'une bonne sieste, tandis qu'un disque vinyle tourne tranquillement à la vue de tous. Quelle différence avec le comportement sournois et hystérique des CD!  S'endormir au son d'une douce musique...  le bonheur pour un insomniaque qui passera la nuit à composer pour des prunes des paragraphes sur internet. Pensez à m'envoyer quelque gratification (chèques acceptés) toute peine mérite salaire. Il est vrai que parler de soi n'est pas une bien grande peine.

(21 II 06)

 

* Ragtime de Randy NEWMAN. 

 

Nous nous voyions au cours d'Allemand, matière que l'incompétence de mes professeurs et la mienne m'avaient rendue hostile. Je profitai de l'atmosphère de salle de projection du cours accentuée par l'élocution monocorde du professeur pour conter maladroitement fleurette à ma voisine. Sans être irrésistible, elle était jolie et s'habillait fort bien, d'une manière un peu désuète, ce que j'attribuai à son âge : elle n'avait pas loin de vingt ans. Un jour je la comparai à un bonbon à l'enveloppe brillante. Ce compliment l'étonna jusqu'à un effarement légèrement scandalisé. Mon affaire n'avançait pas et un camarade plus expérimenté m'engagea, à demi sérieusement à la serrer dans un coin et à tenter de l'embrasser. Facile à dire! allais-je me jeter sur elle dans un recoin du lycée? Il valait mieux commencer par l'inviter au cinéma. Je lui donnai rendez-vous au Centre-Jaude pour voir Ragtime, ce film romantique...

Elle ne vint pas. Je l'attendis, déjà résigné et manquai la séance, d'ailleurs, je n'avais plus guère envie de voir ce film. J'achetai le 45 tour de la B. O. que je me passai  en pensant à elle. C'était des morceaux de fanfare légèrement teintés de mélancolie. Plus tard j'enregistrai le disque, emprunté à la médiathèque sur une cassette que je conserve encore. Après toutes ces années, le charme reste intact. Curieusement, je n'éprouve pas une passion particulière pour le reste de l'oeuvre de Randy Newman, et le ragtime lui-même et Scott Joplin ont peu retenu mon intérêt, mais la rencontre entre ce compositeur et cette musique fut une réussite...

 

* Le premier mouvement de La Cinquième Symphonie de Beethoven

 

M. Bardin prenait souvent pour exemple ce morceau lors de ses exposés sur l'esthétique. Une de ses élèves préférées avait plusieurs versions de l'intégrale des symphonies de Ludwig Von, en aimait certaines et d'autres, moins. Elle était bien la seule à confirmer la théorie. Nous n'avions en général qu'une version de nos "tubes" favoris. J'étais secrètement amoureux de son savoir et de ses taches de rousseur, phénomène assez exceptionnel dans nos régions ; nous dansâmes sur Say it Ain't So de (Voir ce nom) lors d'une soirée mais pas l'un avec l'autre. On en était au chapitre de l'esthétique, à la leçon sur l'interprétation. Une vague fronde couvait dans les rangs des élèves devant la dictature que la pensée pure voulait imposer à nos opinions.

 Tel journaliste remarqua justement qu'on n'écoutait plus simplement la Cinquième de Beethoven, mais ce dit morceau interprété par Furtwangler. On pouvait regretter cette irruption du "star system" dans le monde de l'esthétique. M. Nobliau pour sa part se lamentait de ce que les élèves-institutrices fussent incapables de reconnaître le second mouvement de la Cinquième. Certains mélomanes iront jusqu'à vous affirmer (d'un ton péremptoire) que le second mouvement est bien plus intéressant que le premier. Nous connaissions tous le fameux "Pom! pom! pom! pom!" Je me décidai un jour à faire l'acquisition d'un double disque économique où figurait aussi la Neuvième. Qu'en dire de nouveau? On se fatigue, il est vrai, d'admirer ce que tout le monde admire. Je confiai néanmoins mon admiration à Cristelle, une des rares filles passables que j'avais eu la possibilité et la goujaterie de dédaigner, espérant peut-être l'épater, ou peut-être histoire de dire quelque chose lors d'une soirée où je m'ennuyai un peu. La demoiselle me répondit, du ton de la fille qui s'étonne d'avoir encore à causer à un type pas si terrible qui avait renoncé à l'embrasser alors que tout, y compris son propre désir, le poussait à le faire, qu'elle préférait des oeuvres moins "commerciales". Commercial, Beethoven? A qui pouvait-on se fier alors?

 

 

* What Is This Thing Called Soul The Cannonball ADDERLY - Nat ADDERLY Quintet.

 

Nous faisions du camping entre copains sur l'île d'Oléron. Le soir, quand nous ne sortions pas, je m'isolai un peu dans la voiture de Fred pour écouter, sur une de ces radio libres nouvellement écloses, une émission consacrée à la musique de jazz, à laquelle je n'étais encore qu'imparfaitement initié. Ainsi, durant les soirées passées à écouter cette émission, je ne parvins pas à apprécier pleinement les solos de Cannonball...  il se prenait moins la tête que certains autres, c'est peut-être pour ça que certains le considèrent comme un second couteau. Je fus convaincu par l'enthousiasme du radio amateur et décidai d'approfondir ma connaissance de la musique de jazz, en commençant par ce nom sonore et explosif comme un boulet de canon.

De retour à Clermont, je me rendis à la FNAC du Centre Jaude et je fis l'acquisition de ce disque, une réédition de 1960. En sortant, je croisai Blaise, une connaissance de l'École Normale d'instituteur, qui me félicita de mon choix : c'était un excellent disque.

Ainsi conforté, je plaçai la galette noire sur ma platine flambant neuve et peu à peu, ce disque me devint presque aussi familier que ceux des Beatles. Je composai quelques poèmes à la gloire du Jazz. Mon niveau d'anglais n'était pas formidable, Azule Serape devint pour moi "L'Azur C'est râpé", - ma vie quotidienne me semblait prosaïque.

C'était une musique du matin... Mme Lognon partageait mon goût pour ce disque "ça met du soleil!" disait-elle lorsque je le lui faisais entendre. 

 

* Coleman Hawkins Body and soul

 

Les musicologues jazzophiles indiquent qu'il reprit au saxophone les procédés d'Armstrong avant de poursuivre une carrière pleine de créativité, portée par un son suavissime et une sensibilité adorable. Cette cassette, une Sony CHF type 1 qui traversa allègrement les années, fut enregistrée sur une radio aujourd'hui disparue, le vendredi 24 mai 1985. Y compris cette version archi-connue et sublime du classique Body and Soul. J'adore! Oui, le jazz est propice aux superlatif, ce qui a toujours flatté ma sensibilité de méridional mâtiné de montagnard. Ce jour-là, je notai dans mon journal : 

"La main-mise sur les pensées féminines a ses règles inflexibles ; qui se met en tête de persuader une femme, de réfuter son point de vue à coup de bonnes raisons, celui-là risque peu d'aboutir. Il est bien plus judicieux de repérer, chez l'éventuelle partenaire, l'image qu'elle veut donner d'elle-même (ses principes, idéaux, convictions) puis d'essayer d'établir (par sophisme) un rapport harmonieux entre ladite image et la conduite que nous souhaitons lui voir tenir. (d'après Kundera La Plaisanterie)

J'ignore ce que ce petit texte doit réellement à Kundera.

 

* Miles Davis Kind of Blue

 

Le très parisien Éric L. n'était encore comme nous tous qu'un sympathique jeune étudiant "de province" déjà un peu prétentieux malgré son seul r, rédacteur en chef d'un journal comique intitulé : "Trois Feuilles, Le journal qui n'arrache pas les poils du cul" auquel on eut l'honneur de prêter quelques nouvelles géniales ou pour le moins bizarroïdes et dont très-dommageablement il omit de déposer les exemplaires réglementaires à la Bibliothèque Nationale. L'imprimeur (obscur spécialiste de la photocopie étudiante) lui demandait pourtant s'il avait bien effectué le dépôt légal. Eric n'avait cure de ces disposition offielles.

 Le nom de scène de notre camarade était à l'époque Laurentérik ; des lunettes aux verres épais, les cheveux noirs dressés sur le crâne et un acné juvénile rougeoyant encore aux joues, concourraient à lui donner l'apparence d'un personnage de bande dessinée, qui inspirait interminablement les dessinateurs de sa revue, admirateurs zélés et un peu serviles de Gottlieb. Eric les jugeait sévèrement, et ne se faisait pas d'illusions sur le niveau d'ensemble de sa revue. J'ai la faiblesse de penser qu'il admirait un brin mon style, mais ma pusilaminité congénitale eut tôt fait de le décevoir. Il faut reconnaître que la modestie, secret désir comme on sait d'être loué deux fois, doublée d'une prétention mal dissimulée auprès de laquelle celle même d'Eric aurait pu paraître faiblarde, nuisit fortement à l'accomplissement de ma carrière littéraire et picturale. Dans une autre vie, peut-être...

Comme je lui confiai mon admiration pour le trompettiste il lâcha : "Il paraît que c'est un gros con." 

Imaginez mon ébahissement, à moi pour qui Miles était une sorte de Dieu volant dans le ciel d'une musique trop subtile pour nous, pauvres terriens... "Un copain l'a vu sur scène dans le midi", poursuivit Eric : "il a joué dos au public pendant toute la soirée..." Voir Miles sur scène! Je parie que ces estivants ne mesuraient pas leur insigne privilège... Miles avait eu raison de leur tourner le dos, à ces crétins.

Relaxing with Miles et autres Kind of Blue accompagnaient mes soirées, passées à dessiner. J'avais un peu de mal avec Gillespie et le Be bop, le cool m'enchantait. Des entrelacements de hachures couvraient interminablement un bloc de dessin à spirales sans le décourager. James, lui, cette manie des hachures au rotring l'agaçait bien. Où voulais-je en venir? Il aurait préféré "descendre en ville" dans son bar favori.

Dans le hall de la fac des lettres, Eric critiquait encore ce pauvre Miles, je suppose. "C'est quand même Miles qui  a inventé le Jazz Rock" dit Olivier. "Oui, ajoutai-je, arborant ma science : avec Bitches Brew" "Avec Bitches Brew si tu veux", poursuivit Olivier sans réfléchir. "Mais c'est quand même Miles qui a été le précurseur." Il croyait que Bitches Brew était un groupe de Jazz-rock!

 

* The Pogues Red Roses For Me

 

Plein de fraîcheur juvénile et d'ardeur punkoïde, cet enregistrement est le premier de Shane Mc Gowan et ses copains. Rhum, Sodomy & the lash, un peu ressassé, reste néanmoins intéressant de même que If I should Fall From Grace With God, malgré une prise de son bien éloignée des standards de la bande FM. La pochette de Straight to Hell, comme d'ailleurs son contenu Western Spaghetti punk est magnifique dans le style "viva la muerte", à contempler en version 30 cm, et non sur le format timbre-poste amélioré des carnets de CD. Au moment où nous écoutions cette musique, la bière coulait à flot (et pas que la bière :  le vin aussi et bien d'autres liqueurs). La dentition de Shane ressemblait selon certains, au cauchemar d'un dentiste paranoïaque, ou à la sinistre prémonition des années Thatcher... Même Tom Waits, pourtant le plus susceptible parmi les américains hygiénistes de comprendre cet Européen décadent et dégradé lui envoyait vainement des dollars pour qu'il se refasse le portail en inox.  

Des coeurs d'ivrognes, on en a entendu et bien souvent on y a tenu sa partie con brio en toute ébriété."I am Francesco Vasquez Garcia" éructai-je à Valencia en voyage de noces, (toujours modestes, nous ne jugeâmes pas nécessaire de descendre jusqu'à Almeria) embrassant ma femme un verre de Tequila à la main. J'ambitionnai dans un moment d'ivresse de devenir trompettiste dans la fanfare de Cullera. Après on s'engueula au Parc du Buen Retiro : j'avais passé la journée à examiner le tour de main de tous les peintres du Prado. C'était plus que ma Dulcinée ne pouvait en supporter. Au retour on eut plein de copains ; on tournait au vin rouge, au ricard, à la Kro jusque dans la Creuse. On est tous passé par là disait le brancardier aux urgences. A force, les copains de Shane ont perdu patience et l'ont fichu dehors. Mais on ne jette pas impunément son talent (même ivre) aux orties! Que dis-je son talent, son âme! 

Dès le premier jour, deux dérives guettaient sournoisement les Pogues... Ils risquaient  la transformation en groupe de pop music formaté, genre Pretenders, ce qu'ils devinrent dès que Shane eut le dos tourné. Mais y avait-il un public pour un groupe de variétoche de plus? La célébrité ne fut bientôt plus qu'un souvenir. L'autre risque était de faire des Pogues un groupe de musique trad' comme tant d'autres, et Shane de retour assagi et le foie aux trois-quarts régénéré, c'est la voie paisible et empreinte de sagesse qu'apparemment ils ont choisi. 

Enfin! C'était bien tant que ça a duré...

 

* Renaud Cante el' Nord

 

Lorsque j'eus environ deux cent disques de tous genres et à peu près autant de cassettes, vint le temps du disque compact, ou comme on dit joliment en français le compact-euh-disque, bref le"cédé". Un article lu quelques années plus tôt dans une revue spécialisée était pourtant  rassurant quant à l'avenir du bon vieux vinyle : le cédé n'avait en effet que des défauts : les nécessités de la compression conduisaient immanquablement à une baisse de la qualité sonore par rapport au vinyle, sa fragilité était supérieure,et pour couronner le tout  le catalogue allait mettre plus de vingt ans à rattraper le niveau... 

Quelques deux ou trois ans plus tard, la Montagne titrait à l'occasion de la disparition du "45 tour" : "Un support moribond" Or dans le même article les chiffres indiquaient que le "45 tour" était encore, au moment de sa suppression, le support le plus commercialisé du moment. Tout le monde s'était mis au CD, même, à contre-coeur le patron de Spliff. quand à moi, vu la raréfaction de mes galettes favorites, je m'étais rabattu sur les cassettes préenregistrées. 

Philippe m'expliqua (il avait ce genre d'éclair par moments) que j'étais victime de la "tyrannie de l'existant." 

Je commençai à vendre les disques que je n'écoutai plus ; je passai mon temps dans les faillites et autres marchés aux puces. Je n'avais que trop tendance à me replier sur le passé rassurant ; avec la mort de mon support favori, je sombrai dans le passéisme. 

 

l'indécrottable "amoureux de Paname" 

Me vint la lubie d'acheter le disque de Renaud Cante el Nord. Je m'intéressais depuis quelques temps à l'occitan. Claude Sicre aimait à écrire dans sa revue linha imaginot : "si c'est patois, c'est donc ton frère" L'idée était fascinante que Renaud, l'indécrottable "amoureux de Paname" se fut tourné vers un passé familial (il l'avait déjà fait en acceptant de tourner dans Germinal) qui le dépassait et n'eut pas jugé ces chansons picardes indignes de son intérêt. Une d'entre elles, passionnante, passait en radio, l'histoire mélancolique d'un type qui passait ses vacances "Tout in haut de ch'terril".

J'optai pour un grand distributeur du Centre Jaude (je connaissais le chemin) et j'avais déjà jeté mon dévolu sur le modèle bon marché d'une marque généraliste lorsque le vendeur, soucieux de m'équiper d'un bon matériel, orienta plutôt mon choix vers un modèle équivalent, mais d'une marque spécialisée dans la Haute Fidélité et qui coûtait pratiquement le double. Je me laissai convaincre et n'eus pas à m'en plaindre : je pus écouter mon premier CD Renaud cante el' Nord jusqu'à m'en lasser.

Y'in a qu'pour li la jalousie d'un maître pour son chien. Impayable. "elle m'a jamais parlé comme(...) ça a croire qu'ici el chien c'est mi" A rapprocher de Tom Waits Frank's wild Year un type fout le feu à sa maison, il n'avait jamais pu supporter le chien (un chiwawa aveugle et affligé d'une maladie de peau.)

 

* Massilia Sound System Aïollywood (1997) Occitanista (2002) 

3968 CR 13  (2000) 

 

Curieux titre ? c'est la plaque d'immatriculation de la deux-chevaux dans laquelle nos méridionaux nous emmènent en voyage. Les disques de Massilia sont intéressants : celui-ci est un pur chef d'oeuvre en son genre. Le disque de la maturité, qui aurait dû être vendu à des millions d'exemplaires. Il n'est pas trop tard. Demandez-le, même si vous n'êtes pas Marseillais.

Pauvre de nous Critique de la consommation sur un air endiablé.

"Pauvre de nous peuple si faible

Mais où est donc passée la plèbe

N'y a-t-il plus que des bourgeois

Et qui désirent tout ce qu'ils voient"

Bouteille sur Bouteille : reprise d'un classique occitan (sur les malheurs de l'alcoolique. Chanson interprétée  par André Ricros sous le titre Partiram pas d'aici  "tant que farem aital cromparem pas de boria" (tant que nous ferons ainsi on ne deviendra pas propriétaires)

Tout le Monde ment "Le gouvernement ment énormément"  Banalité? Sans doute, mais quand ce morceau passe sur France Inter, ils arrêtent la chanson juste avant  "Le Chevène-ment!" 

Quand j'étais minot Une bourrée pour le Clermont Foot, tombeur du PSG pour l'éternité. Un bon point, Poy, le joueur qu'ils interrogent a l'accent auvergnat, mais je crains qu'ils n'aient pas choisi le plus spirituel. "Moi quand j'était minot, tous les jours je mentais maintenant je suis grand je passe à la télé"

L'Éclat de la Rose : Écoute cousine cette chanson d'amour, ouais tu vas te régaler... Allibert reggae. Chourmo Scotto. Sublime! J'y vais à chaque fois de ma larme.

La galanterie marseillaise n'est pas une légende... 

Un ami Italien m'a contacté : il ne trouve pas les paroles de ce chef d'Oeuvre. Voici donc le texte rare.

 

* AMTA Les musiques du Paysage : L'ÂME DE L'AUVERGNE 

23 enregistrements repris des classiques de la musique traditionnelle auvergnate avec le chant occitan et le jeu de cabrette de Martin Cayla. Massilia et d'autres s'abreuvent parfois à cette source. La musique Auvergnate, autant que sa langue, mérite de vivre et d'être car elle est bourrée... de qualités.

 

*André Ricros Gérard Douvizy Un piano dans le pré

Un peu lugubre, le bougre, mais quelle voix! Sur scène un soir à l'auditorium de la cité universitaire Lebon, en bas de chez moi (Quo's le Crestian que m'èra vengut querre)  un spectacle sur l'avenir du berger cantalien... Snif... C'était au temps du Partage des eaux avec Louis Clavis. Un autre disque formidable (pas gai - gai, mais enfin...) dans lequel le jazz et la musique traditionnelle auvergnate se "mesclent" avec"bounur" et où se trouve entre autres un titre passionnant  "Dins un villatge" (dans un village).

 

*Tom Waits : Blue Valentine, Swordfishtrombone, Rain Dogs, Frankies wild years,  Real Gone,  Mule Variation Blood money, Alice et c...

 

Un goût trop prononcé pour les disques de Tom Waits  peut décourager vos meilleurs amis. Si en plus une partie de votre discothèque est en occitan, vous ne tarderez pas à vous retrouver quasi seul, comme moi. Triste, mais c'est rien à côté de la nécessité de se lever le matin et d'aller bosser.

 Adresse à Tom WAITS... Que Shakespeare me la pardonne...

 

* Céline DION S'il suffisait d'aimer 

Ben oui, si ça suffisait.

 

* Georges Brassens.

Tout est bon chez lui, y a (presque) rien à jeter. On a collectionné ses vieux vinyles dans les marchés au puces place des Salins et ailleurs avant d'interpréter ses chansons, accompagné de la guitare. Brassens, c'est un fameux compositeur, même s'il s'est beaucoup inspiré de la musique piémontaise, selon certains... On n'invente pas tout! Evidemment, aujourd'hui on peine à comprendre ses textes... Un noctambule ponctuait modestement mes modestes interprétations d'un "Oh! moi, je n'ai pas de culture!". Brassens, la culture? mais alors, et si on déclamait du Claudel?

 

* André CHIRON  Brassens en Provençau  (2 vol.) 

avec Joël FAVREAU Studio la Puce musicale Cavaillon.

Brassens "dins la lenga de sos paires". La famille de Brassens venait de Castelnaurary côté paternel et de la région de Naples par sa mère, "entre l'Espagne et l'Italie donc", en Provençal ça marche bien. La copie est presque aussi bonne que l'original, avec des adaptations de Pierre Paul. Bon, petite  critique : avoir traduit "les filles du monde entier " par "li groumandouno dou quartié" (les petites gourmandes du quartier). Modestie provençale?

 

De contunhar...

 

Botat sus la rantiala lo 8 de septembre 2005

modificat pel darrièr cop lo 16 de mars 2006