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art & littérature

 

MAI 91

de Jean-Pascal Goudounesque

Modeste contribution à l’histoire littéraire contemporaine

 

 

Courrier

 

 

Préambule

 

Voici une piécette inachevée écrite en 1991 par l’étudiant en lettres que j’étais. Je livre ce texte à l’indulgence ou à l’indifférence du public d’Internet. Nous étions alors un petit groupe « d’intellectuels » qui nous réunissions à la cafète Gergovia entre deux cours et refaisions l’actualité.

J’ai perdu de vue la majorité de ces étudiants, mais l’un d’entre eux a depuis pris une place dans le microcosme intellectuel Parisien. Il s’agit d’Eric Laurrent, auteur de plusieurs ouvrages aux Editions de Minuit.

Je me revois (était-ce à la cafète ou bien chez moi, rue des Prés Bas ?) lisant ces fragments pour une pièce destinée à ne pas être jouée au futur auteur, lequel, bien loin de songer à entrer un jour aux vénérées Editions de Minuit n’était qu’en seconde ou tierce année de lettres modernes à la faculté de Clermont-Ferrand fraîchement baptisée Blaise Pascal. Son personnage ne lui plaisait guère. Je l’entends encore me dire : « Je m’en fous, de toute façon, personne ne lira jamais ça».

Douze ans après, le texte est sous vos yeux. Il ne tient qu’à vous d’avoir fait mentir un auteur qui, on peut le penser, sera bientôt en vue.

 

Compteur :

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Scène 3

Scène 1

 

La cafète de Gergovia à Clermont-Ferrand

Une table, quatre chaises, un cendrier plein, des gobelets sales, un comptoir

Quatre personnages : JP, OLIVIER, L., ERIC

 

JP

 

Je suis au désespoir de ne pas trouver mon Saint-Jean Baptiste.

 

ERIC

 

Tu as tort de te prendre pour Jésus, tu sais fort bien que Jésus, c’est moi.

 

L

 

Vous ne vous rendez pas compte comme il est franchouillard de se prendre pour Jésus. Ayez donc des modèles avec davantage d’avenir !

 

JP

 

Il ne faut pas employer le mot franchouillard. Je suis fier d’appartenir à un pays qui a vu naître Napoléon, qui a tant d’épigones parmi la gent aliénée du monde entier.

 

ERIC

 

La phrase était lourde, mais je note « la gent aliénée » dans mon carnet.

 

JP

 

Je croyais que tu ne supportais pas La Fontaine.

 

ERIC

 

Ça me rappelle plutôt Rabelais, à moi.

 

JP

 

Je ne me prends pas pour Jésus, c’était une image.

 

L

 

Une image éculée.

 

ERIC

 

Pour sûr elle a beaucoup servi.

 

OLIVIER

Y’a que Juda qui y est pas passé dessus !

 

ERIC & OLIVIER

 

Ah! Ah! Ah!

 

OLIVIER

 

J’ai vu Finkielraut chez Pivot ; en voilà un qui se prend pour Dieu le Père.

 

L.

 

Les juifs sont malgré tout les moins franchouillards de nous tous.

 

JP

 

Sauf s’il s’agit de casser de l’Irakien.

 

[Note de 2003 : je demande l’indulgence pour ces propos où sionisme et judaïsme sont si malheureusement confondus ; n’oublions pas qu’il s’agit de propos de café d’étudiant, peu de temps après les événements de la guerre du Golfe. Je ne les reproduis ici que comme témoignage de nos échanges de vues de l’époque, et je précise que jamais Eric ne tint sérieusement de propos politiquement incorrects, ce n’était pas son genre ; du reste la confusion est encore fréquente aujourd’hui où un groupe de rap les snipers ont récemment été accusés d’antisémitisme par de hauts responsables de l’Etat Français après s’être attaqués verbalement à certains actes de l’Etat d’Israël.]

 

ERIC

 

 

Ne revenons pas là-dessus.

 

L

 

Il faut être responsable et il était de notre responsabilité de mettre à la raison un tyran dangereux. Je pense que Finkielkraut, sur ce sujet, était dans le vrai, même si je n’approuve pas par ailleurs toutes ses déclarations intempestives.

 

JP

 

Voilà un sens des responsabilités qui coûte 200 000 morts ; il est à souhaiter que nous ne nous soyons pas trompés. Mais on peut faire confiance à un professeur de l’école Polytechnique.

 

OLIVIER

 

Comment ça 200 000 morts ? On n’a eu que deux victimes. Le père Mitt ‘ a même visité les familles.

 

JP

Je pensais à l’humanité en général.

 

OLIVIER

Tu en es encore là ?

 

ERIC

Les Irakiens ne faisaient pas partie de l’Humanité.

 

OLIVIER

Marchais les en avait exclus !

 

ERIC & OLIVIER

Ah! Ah! Ah!

 

L.

 

Une démocratie doit savoir prendre les armes quand la Démocratie est en danger.

 

JP

 

Moi, ça m’amuse que la démocratie exécute à tour de bras.

 

L.

 

Elle a fait respecter le droit international.

 

JP

 

C’est la modernité : les curés donnent l’absolution de groupe et la justice s’exerce massivement, sur un état entier. Quand je pense que la peine de mort est abolie…

 

ERIC

 

On va la remettre bientôt, si c’est ce qui te chagrine.

 

OLIVIER

 

Et on interdira de nouveau la contraception

 

ERIC & OLIVIER

Ah ! Ah ! Ah !

 

ERIC

 

Et sans rire, il est certain que les acquis sociaux peuvent être remis en question. Et pas seulement ça ; on en reviendrait vite à une censure effroyable.

L.

 

C’est sûr que la démocratie n’est pas donnée une fois pour toutes ; il faut la mériter.

 

JP

 

Tant qu’il y aura des guerres aussi injustifiées que le massacre Irakien, les problèmes de censure et d’acquis sociaux devront rester au second plan.

 

L.

 

Mais ça n’a rien à voir !

 

JP

 

Pour moi, c’est lié, au contraire : je ne comprends pas bien comment des citoyens qui soutiennent l’écrasement du monde Arabe et sa néocolonisation peuvent prétendre s’ériger en démocrates et s’inquiéter du confort des artistes pornographes.

 

L

 

Saddam Hussein et le monde Arabe, c’est deux choses différentes.

 

 

ERIC

 

Et puis s’il fallait se préoccuper de la misère du monde, on ne ferait plus rien.

 

JP

 

Admettons. J’ai lu un peu Voltaire moi aussi.

 

OLIVIER

 

Pour le moment tu nous joues plutôt les Rousseau.

 

JP

 

Tant que nous nous contentions d’exploiter les Arabes, je n’avis rien contre. Quant à les massacrer par centaines de milliers, je ne suis plus d’accord.

 

L

Saddam ne nous a pas laissé le choix.

 

JP

 

C’est ce qui se discute.

 

ERIC

 

De toute façon, c’est terminé, maintenant.

 

JP

 

Oui, revenons à nos moutons. Un petit frisson, un petit massacre et on revient à Santa Barbara.

 

OLIVIER

 

Mon pauvre vieux, tu tournes au pessimiste.

 

ERIC

 

On t’a connu plus marrant.

 

OLIVIER

 

C’est qu’il s’est marié depuis.

 

ERIC & OLIVIER

 

Ah! Ah! Ah!

L

 

Moi, ce qui me rend pessimiste, c’est le comportement des Français. Bon sang, mais qu’on regarde un peu autour de nous ! La bêtise dans ce pays dépasse l’entendement. La classe politique est complètement délabrée.

 

JP

 

Et pourtant, on a le droit de vote.

 

L

 

Enfin, ce qui me rassure, c’est que le clivage droite-gauche est destiné à disparaître à courte échéance. On pourra enfin donner son avis sur un sujet sans être immédiatement catalogué communiste tendance Lajoinie ou Mitterrandiste tendance Jospin…

 

JP

 

Je crois que tu es un peu trop optimiste. Le système des partis est le fondement de la démocratie où nous sommes, et je ne vois pas comment les choses pourraient changer

 

L.

On peut  au moins l’espérer ; d’ailleurs, ce ne sont pas les partis que je refuse, c’est plutôt cette tendance bien franco-française à cataloguer toute personne en fonction de son opinion.

 

OLIVIER (s’adressant à ERIC)

 A propos de partie, tu veux pas aller en faire une ?

 

L

 

En tout cas, on a de grandes chances de voir apparaître de nouveaux partis ; l’immobilisme est terminé, pourvu qu’on veuille bien s’en donner la peine.

 

OLIVIER

 

Eric ? Tu viens pas faire un foot ?

 

JP

 

Regarde le PS ; il aura fallu quarante ans pour qu’il parvienne au pouvoir.

 

ERIC

 

Si on commence tout de suite, on est bons.

 

L

 

Pourquoi pas ? Tout est possible. On peut fonder un parti ici, maintenant. Il suffit de le vouloir.

 

OLIVIER (pressant)

Oh ! Eric !

 

ERIC

Oui, attend un moment.

 

OLIVIER (regarde sa montre)

Bon, les gars, si j’avais su, moi je serais venu plus tard.

 

JP

 

J’ai quand même l’impression que notre démocratie laisse à désirer : quarante ans pour venir au pouvoir ! D’ici là, nos bonnes idées, à supposer qu’on en ait, seront passées de mode. D’ailleurs, une démocratie de cinquante cinq millions d’habitants, qu’es-ce que ça veut dire ? Que pèse une voix dans une telle masse ? Est-ce qu’on peut s’exprimer dans ce magma ?

 

L

 

C’est vrai que c’est beaucoup. C’est une machine un peu lourde.

 

JP

 

A quoi bon aller voter dans ces conditions ?

 

L

 

Comment ? Mais il FAUT aller voter ; c’est tout de même mieux de s’exprimer un peu que pas du tout. Une voix, plus une voix, plus une voix…et les choses changent.

 

JP

 

J’ai plutôt l’impression qu’elles stagnent. Regarde pour la guerre du Golfe. Au début de la guerre les sondages donnaient une majorité de gens opposés au conflit. Résultat ? Il a lieu et tout le monde est content. Quand au débat démocratique… il est interdit dès lors qu’il a le plus petit enjeu. On l’a bien vu avec les députés de la majorité opposés à la guerre…On leur a tout simplement enjoint de la boucler.

 

L

 

Une fois le chef de l’Etat élu, il gouverne. C’est à lui de prendre les choses en main.

 

JP

 

Et de faire avaler la pilule aux masses. Il me semble que la démocratie confond un peu les masses populaires et les fourmilières. J’ai le sentiment en allant voter de me comporter comme une fourmi.

 

L

 

Comme une fourmi ?  Mais… qu’est-ce que tu veux exactement ?

 

ERIC

Il voudrait bien être la reine…

 

JP

 

Pas le moins du monde. Je préfèrerais une tyrannie. J’irais poser des bombes, et j’aurais l’impression d’être quelque chose.

 

OLIVIER (se levant)

 

Bon les gars, moi je vais y aller.

 

ERIC

 

Le voilà qui se prend pour Bonnot.

 

OLIVIER (se rasseyant)

 

L’autre fois, il voulait de toute force nous convaincre que la terre ne tourne pas autour du soleil, que c’est le contraire.

 

JP

 

Vous prétendiez que noir est identique à blanc ; je voulais savoir jusqu’où il était permis d’aller dans le délire.

 

ERIC

 

Après réflexion, il me semble en effet que noir est différent de blanc.

 

OLIVIER

 

Il t’a converti au racisme ? Méfie-toi, il va bientôt te persuader que Copernic s’est trompé. Et après faudra pas t’étonner si tes gamins vont casser la gueule aux étrangers.

 

L

 

Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

 

ERIC

 

Finkielkraut, s’appuyant sur les travaux d’une kyrielle de scientifiques, vient de déclarer qu’il se refusait désormais à employer le terme d’ « ethnies » qui est dangereux et ne repose sur rien de démontré. Ne parlons pas du concept de « race », qui est au placard pour longtemps.

 

OLIVIER

 

Ce qui met en boule notre ami ici présent.

 

L

Le concept de race ?

 

JP

 

Je soutiens que les races existent, et le Petit Larousse a raison de les mentionner. La prétention des scientifiques à tout régenter est insupportable. Est-ce qu’un caryotype m’empêche de voir qu’un nordique et un méditerranéen ont des caractéristiques physiques et transmissibles à leurs enfants fortement différentes ?

 

ERIC

 

Il est prouvé que leur patrimoine génétique est identique. Il peut y avoir, génétiquement, plus de différences entre deux Suédois qu’entre un Suédois donné et un Italien donné.

 

OLIVIER

 

Ce qui n’explique pas la tendance des Français à préférer les Suédoises.

 

ERIC

 

Il n’était question que de Suédois mâles.

 

ERIC & OLIVIER

Ah! Ah! Ah!

 

L

 

Ce qui est certain, c’est que le dénombrement des races est impossible, et les frontières entre les races impossibles à dessiner.

 

JP

 

Le dénombrement des langues est tout aussi bien réputé impossible par les linguistes les plus en vue. On ne parle pourtant pas d’abolir le concept de langue. Parler de langue « Française » est une absurdité puisque le territoire Français recouvre des domaines de langues différentes : Breton, Basque, Occitan et c.- d’ailleurs quand parle-t-on de deux langues différentes ? Le Picard et le Gallo sont-ils une seule et même langue ou deux langues différentes ?

 

OLIVIER

 

Bonne idée, ça, d’interdire l’usage du mot  langue : ça résoudrait le problème Belge.

 

ERIC

 

On pourrait abolir le mot  religion : fin du problème Irlandais.

 
JP

 

Abolissez le mot  crime plus besoin de prisons, de juges, de flics…

 

OLIVIER

 

Ils nous manqueraient.

L

 

C’est tout de même vrai qu’au nom de la race on commet des abominations.

 

ERIC

 

Tout ça m’a donné soif. Qui veut une bière ?

 

OLIVIER

 

Non, les gars, j’ai déjà trop tardé, cette fois il faut que j’y aille. (Il se lève).

 

L

Ouh ! Déjà sept heures !

(Olivier et L.  sortent)

 

 

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Scène 3

 

 

Scène2

 

 

Eric, JP

 

JP

Bon on se la boit cette bière ?

 

ERIC

 

Ecoute, finalement, je vais plutôt prendre un gâteau et un soda quelconque afin de me sustenter décemment.

 

JP

 

Ah ! bien. Je prendrai un chocolat alors.

(Ils font la queue devant le comptoir vide)

(Une étudiante passe)

 

ERIC

 

Il est indécent de laisser circuler de tels postérieurs.

 

JP

 

En effet. (Ils se retournent)

 

ERIC

 

Comment Jésus a-t-il pu tenir trente-trois ans sans pêcher ?

 

JP

 

Il faudrait lire ce qu’en pensent les pères de l’église.

 

ERIC

 

Schopenhauer a écrit quelque part que le refus du monde conduit à la chasteté.

 

JP

 

Il paraît que c’est très ennuyeux, à lire.

 

ERIC

 

Non, ce n’est pas le mot. J’y ai renoncé parce que… je ne partage pas ses vues. Je suis en train de me faire le dernier BHL. Ça ne manque pas de qualités.

 

La serveuse.

 

Qu’est-ce que vous prendrez ?

 

ERIC

 

Voyons… je prendrai cette viennoiserie, là, qui me semble de bonne allure.

 

LA SERVEUSE (interloquée)

 

Tu veux quoi au juste, le croissant ?

 

JP

 

Pour moi, un chocolat. Tu ne vas pas me le payer, si ?

 
ERIC


Désolé, mais avec mon salaire de pion… (Il s’assied, dévore son gâteau et allume une cigarette)

 
JP (son chocolat fumant entre les mains)

 

Croyance, obscurantisme, ces mots n’ont plus de valeur pour moi. C’est le monde qui est mauvais. C’est le monde livré au hasard qui fait les crimes, les atrocités, l’ennui des puissants. Croire en ceci, en cela, en la résurrection, en la démocratie, en la science, c’est non seulement vain, mais néfaste. Ceux qui croient en la démocratie en viennent à massacrer des innocents en son nom. Les beaux sentiments viennent masquer les impératifs économiques, la volonté de puissance, comme on a longtemps dissimulé sous les voiles d’une religion humaniste les mêmes impératifs économiques, la même soif de domination et de massacre.

 

ERIC

 

Si tu ne crois plus en rien, je me demande ce qui te retient parmi nous : pourquoi ne pas mettre tout simplement fin à tes souffrances ?

JP

 

Je n’y pense pas, je n’ai aucune raison de le faire. Pour se suicider, il faut beaucoup d’espérance.

 

ERIC

Voilà un fier paradoxe !

 

JP

 

Celui qui se suicide, s’il pense que son sacrifice a un sens, prend la vie trop au sérieux.

 

ERIC

 

On se suicide parfois parce qu’on ne trouve plus que l’existence ait un sens, au contraire.

 

JP

 

On se suicide par peur ou par sens du devoir. Lorsqu’on est gravement malade ou angoissé ou lorsqu’on a failli à la tâche qu’on s’était assigné.

 

ERIC

 

Par désespoir aussi, par amour brisé à ce qu’on raconte.

 

JP

 

Le plus souvent : vanité blessée. Ma vanité est grande et sans cesse blessée.

 

ERIC

 

Elle souffre d’une maladie chronique.

 

JP

 

Comme dans la pièce de J. Romain, elle attend la maladie dans un lit d’hôpital. Une vanité valide est une blessée qui s’ignore.

 

ERIC

 

N’aurais-tu pas tendance à porter, tel Atlas, les maux du monde sur tes frêles épaules ?

 

JP

 

J’ai conscience, conscience chronique. Le vieux désir de se singulariser conduit à la recherche de l’essentiel, que le vulgaire évite avec soin. Il s’en tient toujours à l’explication la plus apparente, sans songer que l’apparence, depuis Platon, est la face du mensonge. Si une vérité se donne d’emblée, il y a fort à parier qu’elle n’est qu’une apparence de vérité.

 

ERIC

 

Comme dans l’Allégorie de la Caverne, il ne faut pas s’en tenir aux marionnettes, mais tâcher de savoir qui les manie à son gré.

 

JP

 

Est-ce Dieu, est-ce le hasard ? Comment savoir ?

 

ERIC

 

C’est vrai que nous avons les mains liées.

 

JP

 

Nous en viendrons vite à croire qu’on peut, par moment, apercevoir une touffe de cheveux du mauvais démiurge.

 

ERIC

 

Mais ce n’est qu’illusion. Du moins peut-on émettre des hypothèses.

 

JP


Hypothèses qui coûtent cher à l’humanité.

 

ERIC

 

Pourtant, le confort moderne, les progrès de la science ?

 

JP

 

L’automobile, la pollution, la disparition des espèces animales, le surpeuplement, le réacteur de Tchernobyl, Hiroshima, le tiers monde, les conflits du Proche-Orient, c’est cela aussi, les progrès de la science.

 

ERIC

 

C’est de l’ingratitude.

 

JP

 

Je n’ai rien demandé, moi. D’ailleurs, on s’habitue à tout. Le bonheur n’est pas lié au bien-être matériel mais à la réalisation, à « l’actualisation » comme jargonnent les philosophes, de nos possibilités, de nos capacités.

 

 

ERIC

 

Tu ne sais pas ce qu’est la faim.

 

JP

 

Alors, je dois me réjouir de n’avoir pas faim en oubliant le reste du monde ?

 

ERIC

 

Rien ne t’empêche de servir en plus un beau discours sur l’aide humanitaire…. A l’impossible, nul n’est tenu.

 

JP

 

Je voudrais être libre, me débarrasser des entraves de ce monde : le travail…

 

ERIC

 

Nous y voilà ! Crois-tu qu’on va te nourrir pour que tu te reposes ?

 

JP

 

Je pense que je le mérite. En tant que mauvaise conscience de la cité, je demande à être installé au Prytanée, et nourri. Pourvu qu’on ne me mette pas la télé… Je me contenterai du vivre. Je ne demande pas le luxe.

 

ERIC

 

C’est donc d’un Platon dont tu as besoin, et non d’un Saint-Jean Baptiste.

 

JP

 

Je compte sur toi pour jouer ce rôle. Mais en es-tu capable ? Tout à l’heure, tu me tendais la coupe de la ciguë.

 

ERIC

 

Je ne crois pas que tu puisses être Socrate, ce qui explique que je ne puisse être ton Platon.

 

JP

 

Homme de peu de foi… il faudrait que je te montre mes stigmates.

 

ERIC (observe autour de lui sans répondre)

 

JP

 

Je n’arrête pas de te les montrer, mais tu refuses de les voir.

 

ERIC

 

J’avoue que je préfère t’entendre disserter sur Tom Waits. D’ailleurs, en admettant que tu sois vraiment, au lieu du prétentieux sous la forme duquel tu m’apparais, un authentique philosophe cynique, je n’ai pas pour ambition d’être ton biographe. En ai-je seulement la capacité ?

 

JP

 

Pour le moment, certes pas. Tu manques trop d’humilité. Tu rêves encore à la gloire littéraire, aux richesses, aux orgies. Tu t’identifie trop encore à quelque BHL de province….

 

ERIC

 

Pure calomnie. Si je m’identifie à quelque glorieux écrivain, c’est à Proust et à aucun autre. Il y a chez Proust un aspect ascétique que…

JP

 

Je crois que tu confonds un peu trop le jeune Marcel et Proust lui-même ; tu es ce Marcel qui rêve d’écrire et qui perd son temps dans les salons dont la grandeur est passée.

 

ERIC

 

Je prends des notes pour mon œuvre future.

 

JP

 

Crois-tu qu’on devienne écrivain en prenant des notes ? Non, l’écriture, c’est comme la guitare ou la peinture. Il faut de la pratique, de la pratique, de la pratique.

 

ERIC

 

Quand j’ai « tanqué » ce cours, je ne pensais pas en prendre un autre, de littérature appliquée cette fois. Ce que tu dis ne m’est pas inconnu. Je tiens mon journal régulièrement.

 

JP

Y parles-tu de moi ?

 

ERIC

Cela arrive.

 

JP

Dans ce cas tu commences à être mon Platon. Au fond, je te donne le beau rôle, je ne vois pas ce que tu peux y trouver à redire.

 

ERIC

 

Je ne sais si je dois être flatté de la comparaison ou si je dois rire de ta stupide présomption.

 

 

JP

Peu importe ma présomption. Penses-tu que Valery, que Joyce, que Proust n’aient pas commencé par être de jeunes présomptueux ?

 

ERIC

 

Tout de même, l’œuvre de Valery…

 

JP

 

Qu’en penses-tu ?

 

ERIC

 

Je ne comprends pas tout, mais cela vient de mon insuffisance.

 

JP

 

Cette admiration que tu lui portes n’est donc fondée que sur ta confiance dans la postérité, dans le choix des universitaires.

 

ERIC

 

Et le goût général ?

 

JP

 

Laisse-moi rire ! Qui lit Valéry, mis à part MM. X et Y, professeurs de facultés vingtièmistes.

 

ERIC

 

En cela ils sont aussi admirables que Valery lui-même. On dira d’eux après cet auteur qu’ils « tombent vers leur plus haut ».

 

JP


Qu’est-ce que Socrate si on y regarde bien ? Un énergumène qui interrogeait Pierre et Paul sur le bien, le mal, la justice, comme si ces notions existaient ! Bien entendu, les malheureux praticiens tombaient des nues. Est-ce qu’on sait ce qu’est la Justice ? Et le saurait-on, cela avancerait-il d’un quart de  pouce les « dossiers » en instance, qui, en prison, attendent la fin de leur détention provisoire ?

 

ERIC

 

Où peut le mener l’orgueil d’un mégalomane ?

 

 

JP

 

C’est l’orgueil qui a mené Socrate à la ciguë. L’orgueil seul force l’admiration. La modestie va tout droit au Paradis des oubliés. C’est bien ça, les limbes, non ? Le Panthéon est rempli de malfaiteurs poussés par l’ambition.

 

ERIC

Maintenant que tu as démoli le Panthéon (ouf) que comptes-tu faire ?

 

JP

Il faut y faire de la place pour les modernes, de la place pour nous.

 

ERIC

 

Si je comprends bien, tu le reconstruis en face. Une chose m’échappe : tu règles leur compte à tous nos héros. Tout de même, j’ai pris un plaisir fou à lire Proust ; je ne prends pas le même plaisir à écouter tes paradoxes politiques.

 

JP

 

Imagine que quelque universitaire fasse une thèse sur mes palabres. Tu m’écouterais plus attentivement et tu trouverais des beautés, des prophéties dans mon discours. Je ne prétends tout de même pas être n’importe qui. J’ai un projet, une théorie, une vision d’ensemble que chacune de mes paroles tend à exprimer. Sans doute mon message n’est parfois pas exempt de balbutiements, de parasites. L’incompréhension de cette province par moments me désespère et je pourrais parfois m’aigrir quelque peu.

 

ERIC

 

Tu devrais la quitter, nul n’est prophète en son pays. Monte à Paris, fais-toi connaître, ton tempérament éclatera au grand jour.

 

JP

 

Voilà ce que je refuse : faire carrière, suivre le chemin tracé, vivre parmi les beaux esprits  prêts à accueillir n’importe quelle ineptie pour avoir l’air dans le coup ou vaincre un irrésistible ennui.

ERIC

 

Dans le fond, tu te complais dans la médiocrité provinciale, tu as le syndrome de l’échec. Tu me rappelles ce personnage de Henry Miller, ce pique-assiette un peu artiste qui montrait à l’auteur des dessins atrocement pornographiques sans génie, qui le persuadait de lui donner de l’argent, et dont il a fini par se débarrasser.

 

JP

J’ai lu cet ouvrage un Diable au Paradis ; mais Miller, dans ce personnage, a mis beaucoup de traits qui lui appartiennent ; il faut un éminent tapeur, dans sa période bohème. Quand à moi, je suis trop fier pour en arriver là ; je refuse de sombrer dans la déchéance pour faire éclore mon soi-disant génie. C’est là le mythe du poète maudit que Miller arrange à sa sauce, se déchargeant allègrement sur un personnage fictif de ses mauvais penchants, eux bien réels. Baudelaire, pour produire son chef-d’œuvre, dilapidait son héritage. Il passait pour un fils à papa, et on a beau jeu d’en faire aujourd’hui un sublime incompris. On le considérait plutôt de son temps comme un ridicule.

 

E.

Effectivement, j’ai dû lire ça quelque part. Il n’empêche, Baudelaire est le fondateur de la poésie et, dirais-je même, de la littérature moderne.

 

JP

Beau titre de gloire ! Le mouton de Panurge devrait-il se féliciter d’avoir entraîné le troupeau à sa suite ?

 

E

Le troupeau ! Comme tu y vas. Je suis sûr que comme moi tu aimerais en faire partie.

 

JP
Pour en revenir au diable, il est exact que je préfère pour exercer ma diablerie le Paradis de Province à l’enfer parisien. Imagine que Socrate, au lieu de l’ignorant, ait rencontré un Kant, un Nietzche antique, et qu’à ses questions l’autre lui ait expliqué sa théorie du bien en quatre volumes de vingt mètres de papyrus. Il n’aurait pas pu exercer sa maïeutique.

 

E

Non, il aurait plutôt essayé d’opérer le processus inverse.

 

JP

D’ailleurs, je suis né dans cette ville et je ne compte pas la quitter de sitôt. Que valent les carrières Parisiennes ? Ce que j’ai à dire, je le dirai aussi bien ici. Nous ne sommes plus au moyen-âge, l’information circule. Les medias sont là pour ça, non ?

 

E

En théorie, oui. En réalité, la création est plutôt Parisienne. Tu comprends, Paris est une ville internationale, elle reçoit les influences du monde entier. Tandis que Clermont Ferrand… Je me demande si les Parisiens savent vraiment où elle se trouve… En tout cas, ils sont persuadés que nous vivons dans un ravissant coin de montagne entourés de vaches, une ville arriérée sorte de « trou du cul du monde » tu vois. Ce qui vient de Clermont ne peut être que l’œuvre d’un régionaliste attardé, dont le patois est la sous-langue maternelle. Au mieux un gentleman-farmer, peut-être.

 

JP

Nous avons pourtant nos vedettes : Jean-Louis Murat. Et nos écrivains : Anglade, Bocholier, Jean-Pierre Siméon…

 

E

Effectivement, j’ai ouï causer de ce Jean-Pierre là. Mais… ne vit-il pas en région parisienne ?

 

JP

Nous avons la poétesse Amélie Murat.

 

E

Qui ?

 

JP

Blaise Pascal.

 

E

Vercingétorix…

 

JP

Les Arvernes dominaient les Gaules, en ce temps-là.

 

E

Et te voilà régionaliste, presque gentleman farmer.

 

JP

Notre passé ! Si beau, qu’un Emile Doucet a traduit en sonnets parnassiens dans les années trente.

 

E

Moi je suis d’origine Italienne, alors…

 

JP

Moi aussi, j’ai des origines Italiennes, des maçons qui ont construit l’église du village, au XIIème siècle. C’est dans le Lot, le Quercy. Presque aussi étrangers à l’Auvergne que les Italiens. Lorsqu’ils parlent de l’Auvergne, on croirait qu’ils évoquent la Sibérie. Il est vrai qu’ils ne connaissent que le Cantal.

 

E

Nous venons de Bergame, le triangle fameux…

 

JP

Je te croyais étranger à toute nostalgie. Tu ne vas pas me chanter la beauté de tes racines…

 

E

Et si je voulais ? C’est un poncif atrocement usé, mais tu te permets bien…

 

JP

Les racines des autres, voilà ce qui est ennuyeux. D’ailleurs tu ne vas pas comparer…

 

E.

Ah ! Te revoilà, tel qu’en toi-même ; suffisant, orgueilleux, nostalgique d’une grandeur que jamais tu n’eus. Tiens, c’est beau ce que j’ai dit là. Je vais écrire un poème parnassien, à titre d’exercice. Au fait, pourquoi refuses-tu l’idée d’une carrière ? Ce n’est pas que je t’en croie capable : tu n’as pas suffisamment de talent. Mais je subodore quelque autre raison. Est-ce le fatalisme ?

 

JP

Ecoute, ne me parle pas de talent. Je n’y crois pas plus que tu ne crois en un créateur à barbe blanche. Je crois un peu à l’orgueil, surtout l’orgueil refoulé. Quand à faire carrière, si c’est pour flatter le public dans le sens du poil, faire reluire Poirot-Delpech ou répondre aux questions prétentieuses d’un journaliste qui ronge son frein, non merci. D’ailleurs l’idée seule de faire carrière pousse à écrire des banalités. I faudra produire, qu’on ait quelque chose à dire ou non, sans compter qu’il  faudra flatter des personnage corrompus, prétendre admirer  ce qui est en vogue et faire des bassesses pour placer ses papiers.

 

E

Tout le contraire de la liberté de création, en somme.

 

JP

Oui.

E

 

E

Ce que tu me dis ne m’impressionne pas. J’ai l’impression d’entendre un acteur de second plan dans un film de série B. Tu sais, l’écrivain incorruptible, celui qui est « au dessus de tout ça » le VELLEITAIRE.

 

JP

Mais ma parole, c’est un autoportrait.

E

Nous sommes jumeaux.

JP

Nous nous ressemblons, à la différence près que moi, j’écris, je ne me contente pas de causer, de sortir et d’attendre que l’inspiration vienne.

 

E

Certes, tu as une œuvre derrière toi. Un recueil de poèmes que par manque de fonds tu n’as pas fait publier à la Pensée Universelle. Des nouvelles bouffonnes qui ne font rire que toi et un journal où tu t’apitoies interminablement sur ton sort.

 

JP

Je voudrais lire le tiens.

 

E

Pour le moment, ça ne compte pas. J’ai tout le temps. Stendhal avait passé la cinquantaine lorsqu’il mit la première main à son œuvre.

 

JP

Il avait derrière lui autre chose qu’une carrière de pion.

 

E

Ou d’enseignant.

 

E

Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas dire de mal de ses amis.

JP

oui.

E

S’engueuler, ça cimente l’amitié.

JP

Oui

E

Tu avais besoin d’un coup de pied au cul.

JP

Tu me rappelles mon père.

(Long silence)

 

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Scène 3

 

E

(Assis seul à une table de la cafète, arrive C)

C

Je peux m’asseoir ?

E

Mais oui, faites donc : j’étais en train de parcourir Libé

C

J’ai cours tout à l’heure, avec Liberman. Tu vois un peu si j’ai envie d’y aller…

E

Selon Joyce, la vraie vie commence avec le premier cours manqué.

C

Alors, ça fait longtemps que je vis ma vraie vie.

E

Je ne crois pas.

C

Ah bon ? Et pourquoi ça ?

E (montrant ce qu’elle porte en sautoir)

Tu devrais commencer par ôter ce colifichet !

 

(Arrive JP ; il serre cérémonieusement la main de E et fait la bise à C)

 

JP

Qu’est-ce que vous disiez ?

 

E

Je lui faisais remarquer que le port de la croix n’est pas de mise en ces lieux…

 

JP

De débauche ?

 

C

Alors, qu’est-ce que tu deviens, JP ?

 

JP

Toujours étudiant, tu vois, malgré mon dur métier.

 

C

J’espère que les gosses ne t’en font pas trop voir.

 

JP

Et qu’y a-t-il de beau dans ce torchon ? Ah ! Les techniques de l’amour… Voilà qui ne manque pas… d’intérêt.

 

C

(Regardant sa montre)

Déjà quatre heures !

 

E

Ecoute un peu ça. « Une femme normalement constituée peut connaître jusqu’à cinq orgasmes durant un seul rapport » ; voilà qui est épatant.

 

JP

Cinq orgasmes ! Eh bien…

 

C

(Gênée)

 

E

« Le partenaire doit veiller à éviter autant que possible l’éjaculation » ; écoute ça, JP, est-ce que tu suis bien ces recommandations lorsque tu accomplis ton devoir conjugal ?

 

JP

Eh bien…

 

E (continuant de lire)

 « En comprimant fermement d’une main…

 

C

(Rire rauque)

 

E

« En comprimant fermement le périnée, le partenaire doit parvenir à la jouissance sans connaître l’éjaculation. » (Il se tourne vers C). J’espère, JP, que tu appliques ça à la lettre lors de tes ébats.

 

JP

A vrai dire, j’ai bien entendu parler, je veux dire, j’ai bien lu des choses là-dessus, mais je n’ai jamais vraiment essayé de les appliquer…

 

E (continuant de lire)

« Cette technique présente l’avantage de s’effectuer à l’insu de la partenaire !

JP

C’est le moins qu’on puisse faire.

 

C (très gênée)

 

E (plie le journal)

JP, j’espère qu’à l’avenir lorsque tu besogneras, que tu seras à l’œuvre, tu suivras à la lettre ces excellents conseils. Pour ma part, je n’y manquerai point.

 

C

Ton petit va bien ? C’est un garçon ou une fille.

 

JP
Un petit Guillaume ; il va très bien.

 

C

IL doit être grand maintenant ; il doit bien avoir quinze mois ?

 

JP
Deux ans bientôt.

C
Il doit raconter plein de choses. Bon eh bien je vais monter. Vous n’avez pas cours ?

(Elle sort)

 

JP

Tu es d’une cruauté sans limites…

 

E (allume une cigarette)

 

JP

Ah oui, j’oubliais : ne pas dire du mal des absents…

 

E (s’étire, l’air satisfait)

 

JP

Seulement des présents.

 

E

Que me racontes-tu ? Qui a-t-il de scandaleux ou de passionnant dans l’actualité littéraire ?

 

Ça ne va pas. Je n’écoute plus la radio. (Un silence) A propos de radio, je crois que je ferais bien d’en faire une, de ma gorge.

 

ERIC

 

Evidemment, un cancer de la gorge à 27 ans, ça distingue.

 

JP

 

J’ai un copain pharmacien qui m’a affirmé qu’il n’y a pas d’âge pour le cancer. Simplement un risque plus ou moins élevé. Il suffit de gagner le gros lot, et comme je n’ai jamais eu de chance pour les loteries….

 

ERIC

 

Non, ça, c’est du Woody Allen !

 

JP

 

Quand je pense que je trouvais invraisemblable le sketch où il est persuadé d’avoir un mélanome alors qu’il a simplement une grosse tache sur sa chemise… Ça pourrait m’arriver, ces jours-ci.

 

ERIC

 

Eh bien moi, pas plus tard que le mois dernier, j’ai eu des maux de tête, dingue.

 

JP

 

Dus sans doute à une faible consommation de liquides alcoolisés ?

 

ERIC

 

Non, pas la gueule de bois. Un mal de tête qui ne passait pas. Je cours chez mon médecin, poussé par ma cop’s qui en avait marre de m’entendre me plaindre. Je lui dis « M. Potingaire (c’est son nom) il faut absolument me prescrire une encéphaloscopie ; j’ai d’affreuses migraines depuis quinze jours. Je suis persuadé que c’est une tumeur. « Calmez-vous M. Laurrent, m’a-t-il dit : et prenez ça avant toute chose. Ça m’a passé en deux jours.

 

JP

 

Qu’est-ce qu’il t’avait prescrit ?

 

ERIC

 

Un truc à base d’aspirine.

 

JP

 

Ouais, dans mon cas je suis sûr qu’il prescrirait l’arrêt du tabac. Si je continue l’intoxication tabagique, je vais choper une saloperie.

 

E

 

Toujours la même chanson. Comment est-ce qu’on peut te supporter. Non, vraiment, j’admire ta femme.

 

JP

 

Vas-y, je ne suis pas tellement jaloux.  (L. entre)

 

E

Il va finir par être trop tard pour le cours.

 

JP

Je crois que c’est un exposé. Est bien la peine de se déplacer ?

 

E

Cette manie des exposés ! On apprend pas grand chose et il est impossible la plupart du temps de prendre des notes. Tu sais que ça date de Mai 68, cette stupidité ?

 

JP

Ah ? On ne faisait pas d’exposés auparavant ?

 

E

Non, on a décrété que l’enseignement ne devait pas être réservé aux profs. Il fallait donner la parole aux étudiants pour « désacraliser » le savoir. Comme si on avait trop d’heures de cours !

 

JP

Tu me surprends, je te croyais une sensibilité plutôt de gauche, post-soixante-huitarde… Ce n’est alors qu’une coquetterie ?

E

Non, c’est vrai. Mais sur ce point précis je ne trouve pas que cela soit un progrès.

 

L

Et pourtant, il me semble qu’en France,

 

On a laissé trop de place au cours magistral. En Allemagne, la participation des étudiants est bien plus importante et les allemands sont ainsi beaucoup plus impliqués dans leurs études.

 

JP

Voilà bien un sujet auquel je n’ai jamais réfléchi.

 

L

Tu es bien enseignant pourtant ?

 

 

(Le tapuscrit de 1991 s’arrête là.)

 

 

 

 

 

 

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Page crée en décembre 2003

Dernière modification mars 2006